Débat : Le logement, un bien pas comme les autres

L’une des idées le mieux partagées par le sens commun est que les logements incarnent absolument la notion de « bien d’investissement » : être propriétaire d’un bien immobilier – « investir dans la brique » – constituerait l’alpha et l’omega de l’usage raisonnable de l’argent : placer ses économies dans l’acquisition de logements assurerait à ces mêmes économies une valeur stable, une utilité et une rentabilité immédiate, tout en concrétisant des promesses d’augmentation garantie (ou presque) de la valeur investie et des formes de patrimoines transmissibles particulièrement utiles à l’ascension sociale des héritiers. Bref, du point de vue de l’investissement, le logement n’est pas un bien comme un autre et constitue un marché unique, avec ses propres lois de fonctionnement.
De l’autre côté du spectre, le logement constitue aussi l’archétype même du bien difficile d’accès, au cœur de la division des classes sociales, des problématiques relevant des droits les plus fondamentaux (à la dignité, à la qualité de vie, à la santé, à la reconnaissance administrative, à la sécurité, etc.), et du débat social et politique, tant les « politiques du logement » centralisent l’un des enjeux les plus décisifs des sociétés contemporaines : celui de l’organisation concrète de l’égalité entre les êtres humains. Aussi, le logement constitue, du point de vue socio-politique, un bien d’une nature tout-à-fait particulière.
Considérant ces deux angles, ce statut de problématique politique majeure n’empêche pas au logement de constituer un bien spécialement soumis à la logique du marché qui l’organise et se montre, de ce fait, très résistant aux divers processus de régulation politique. Pourtant, les lois qui organisent le marché du logement lui sont très spécifiques et particulières, et les régulations qui opèrent traditionnellement sur le marché capitaliste des biens et des marchandises semblent pouvoir se suspendre dans le cas du logement (l’existence d’une grande offre de logements ne faisant pas baisser les prix du logement, par exemple). Si bien que le marché n’est jamais parvenu par lui-même à offrir une quelconque forme de solution au problème proprement politique du logement : bien au contraire, c’est d’avoir délégué au marché du logement la charge d’organiser la politique du logement qui nous a conduit au désastre organisé dont l’absence de logement digne et à prix décent témoigne aujourd’hui.
Comment comprendre alors la particularité de ce bien qu’est le logement ? En quoi se différencie-t-il concrètement des autres biens et marchandises organisés sur le marché capitaliste ? En quoi comprendre cette spécificité est essentiel pour tous les acteurs de la lutte pour le droit au logement ?
Avec pédagogie et précision, Erdem Resne, travailleur social chez Convivence et membre de Badala, va donc déplier les tenants et aboutissants d’une réalité déjà épinglée par Adam Smith, le « fondateur » du libéralisme, à savoir que le logement,à plus d’un égard, n’est pas un bien économique comme les autres.
Sa présentation de Erdem Resne sera suivie d’un échange avec l’assistance.
Sandwich offert à qui annonce sa présence (et le genre de sandwich souhaité) à laurent.dursel@doucheflux.be.
L’événement s’inscrit dans le cadre des Re-thinking Poverty, copilotés par l’ARC et DoucheFLUX.


